Recherche à l'œuvre : Dre Beate Sander

SPO à l’œuvre

14 juin 2016

Tirer le maximum de l’argent investi en soins de santé

Occupant le poste d’infirmière au sein d’une unité de soins intensifs durant les années 1990, Dre Beate Sander n’avait jamais imaginé où la vie la mènerait. Son intérêt pour l’économie, combiné à son expérience clinique, l’a conduite vers un domaine émergent : l’économie de la santé.

Madame Sander travaille actuellement en tant que scientifique chez Santé publique Ontario (SPO), où elle réalise des évaluations économiques quant à certaines interventions en santé, comme les nouveaux vaccins et médicaments et les nouvelles technologies. L’objectif : déterminer si ces approches procurent un bon rendement sur l’investissement. Les résultats obtenus par madame Sander permettent une prise de décision éclairée en ce qui touche les politiques en matière de santé.

« Au cours des dernières années, on a observé un intérêt croissant envers l’économie de la santé. Les gens se demandent si l’argent est investi aux bons endroits ou s’il serait préférable d’injecter ces fonds ailleurs », indique madame Sander, qui occupe également le poste de professeure adjointe, à l’Institute of Health Policy, Management and Evaluation de l’Université de Toronto, ainsi que celui de scientifique auxiliaire à l’Institute for Clinical Evaluative Sciences.

L’une des premières études réalisées par madame Sander, étude qui représente une continuité des travaux que madame Sander a menés dans le cadre de ses études doctorales à l’Université de Toronto, a largement retenu l’attention. Il s’agissait d’une évaluation économique du programme universel de vaccination contre la grippe de l’Ontario. En 2000, l’Ontario est devenu la première division territoriale à l’échelle mondiale à offrir gratuitement un vaccin contre la grippe à l’ensemble de sa population. Le rapport coût-efficacité de ce nouveau programme restait toutefois à déterminer.

Avec ses collègues, madame Sander a comparé les résultats en matière de santé et les coûts associés au programme universel à ceux d’un programme limité et ciblé que pourrait offrir l’Ontario. Les résultats étaient sans équivoque : le programme universel était sensé d’un point de vue économique.

Plus précisément, les résultats obtenus par les chercheurs indiquaient que, bien que le programme universel coûte environ deux fois plus cher qu’un programme ciblé, le nombre de cas de grippe avait chuté de 61 % et le taux de mortalité de 28 %. De plus, la réduction du nombre de cas de grippe a entraîné une diminution de 52 % du coût des services de soins de santé.

Depuis la publication de l’étude en 2010 dans PLoS Medicine (en anglais), de nombreuses autres provinces canadiennes se sont mises à offrir gratuitement des vaccins contre la grippe à l’ensemble de leurs résidents. Aux États Unis, l’article de madame Sander a été cité dans le cadre d’une recommandation de vaccination universelle contre la grippe, recommandation émise par l’Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP).

Parfois, madame Sander doit regarder loin dans l’avenir pour tirer des conclusions sur le présent. Au moyen de simulations par ordinateur, elle est en mesure d’évaluer des interventions en santé publique qui n’ont pas encore été mises en place. « C’est délicat, car il faut en quelque sorte prédire l’avenir », explique-t-elle.

Par exemple, madame Sander a récemment évalué un nouveau vaccin à administrer aux enfants contre le méningocoque de sérogroupe B (méningococcie invasive de sérogroupe B). Avec l’aide de Hong Anh Thi Tu, Ph. D., elle a étudié le rapport coût-efficacité et l’impact possible de la vaccination contre le méningocoque de sérogroupe B en Ontario, province dans laquelle l’incidence de la maladie est très faible.

Les résultats obtenus, publiés en 2014 dans la revue Vaccine, indiquaient que le coût de l’administration courante du nouveau vaccin se chiffrerait à plus de 46 millions de dollars pour une cohorte de naissance de 150 000 nourrissons. Les chercheurs ont trouvé que cet investissement préviendrait 4,6 cas de méningococcie de sérogroupe B et 0,5 décès associés. « Cette option n’a tout simplement pas de sens sur le plan économique en Ontario et dans les territoires comparables », a déclaré madame Sander.

Deux organismes médicaux importants ont porté une attention particulière à ces résultats : le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) du Canada et le Comité consultatif provincial des maladies infectieuses sur l’immunisation (CCPMI-I) de l’Ontario. Finalement, aucun de ces deux groupes n’a recommandé le financement public d’un programme de vaccination courante contre le méningocoque de sérogroupe B.

Madame Sander s’intéresse aussi au fardeau économique actuel des maladies infectieuses. Elle souligne qu’au cours de la dernière décennie, des maladies infectieuses ont connu une résurgence au Canada, avec des éclosions d’Escherichia coli (E. coli), du virus du Nil occidental, du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et de la grippe pandémique H1N1.

Financés par les Instituts de recherche en santé du Canada, ses collègues et elle sont à mettre au point des façons améliorées d’estimer le coût longitudinal des soins de santé associés à différentes maladies infectieuses. Ils utiliseront ces méthodes pour calculer le fardeau économique, en Ontario, lié à Clostridium difficile, à Streptococcus pneumonia et à l’hépatite B. Les autres travaux de recherche de madame Sander portent sur le coût de la maladie de Lyme, du virus du Nil occidental, des mycobactéries et de la méningococcie.

Pourquoi mesurer ces coûts? « Si nous ne connaissons pas les coûts exacts, nous ne pouvons pas réaliser une évaluation économique fiable pour déterminer quelles sont les interventions qui doivent retenir notre attention en matière de retour sur l’investissement. »

Pour effectuer ses analyses, madame Sander collabore avec de nombreuses personnes d’horizons différents, comme des cliniciens généralistes, des spécialistes des maladies infectieuses, des microbiologistes, des mathématiciens, des épidémiologistes et des informaticiens. Elle assume également un rôle opérationnel avec le personnel du programme au sein de SPO en ce qui a trait aux questions sur l’immunisation qui touchent aux politiques. Elle s’entretient même avec des entomologistes dans le cadre d’une étude portant sur le rapport coût-efficacité des stratégies d’atténuation portant sur le virus du Nil occidental.

Chez SPO, madame Sander travaille en étroite collaboration avec des cliniciens et d’autres scientifiques, des bureaux de santé publique et des experts œuvrant au sein de laboratoires de santé publique. « J’ai la chance de pouvoir utiliser les données de laboratoire. Je peux ensuite faire un lien entre ces données et des données administratives sur la santé.»

De nos jours, l’accès à d’importantes bases de données contenant un grand nombre de renseignements sur l’utilisation et les coûts des ressources en santé fait en sorte qu’il s’agit « d’une période vraiment stimulante pour réaliser le type de recherche que je fais. »

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Mis à jour le 14 juin 2016