Recherche à l’œuvre : Politiques en matière d’alcool qui réduisent le fardeau du cancer

SPO à l’œuvre

9 avr. 2026

Les étiquettes de mise en garde contre le cancer et le prix unitaire minimum peuvent-ils directement réduire le fardeau du cancer au Canada?

Une nouvelle étude menée par des chercheurs du Canadian Institute for Substance Use Research (CISUR) de l’Université de Victoria, en collaboration avec le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances et Santé publique Ontario, s’est penchée sur deux politiques en matière d’alcool : les étiquettes de mise en garde contre le cancer et le prix unitaire minimum. Ces mesures pourraient prévenir des centaines de diagnostics de cancer et de décès au Canada.

Chaque jour, près de 700 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer et plus de 200 meurent de cette maladie, selon la Société canadienne du cancer. En 2025, on prévoyait plus de 250 000 nouveaux cas de cancer au Canada. Une proportion importante de ces cas sont considérés comme évitables, la consommation d’alcool et le tabagisme faisant partie des principaux facteurs de risque modifiables.

Selon l’étude, publiée ce mois-ci dans The Lancet Public Health, on estime qu’au Canada, en 2022 seulement, l’alcool était responsable de 9 498 nouveaux cas de cancer et de 3 866 décès des suites d’un cancer.

Pour la première fois au Canada et ailleurs dans le monde, les auteurs ont modélisé cinq scénarios de politiques afin d’évaluer l’impact des étiquettes de mise en garde contre le cancer figurant sur les contenants d’alcool, du prix unitaire minimum de l’alcool, ainsi que d’une combinaison des deux, sur le nombre de cas de cancer et de décès attribuables à l’alcool.

Le scénario combinant l’utilisation des étiquettes de mise en garde et d’un prix unitaire minimum de 2,00 $ par verre standard devrait réduire de 7,1 % le nombre de nouveaux cas de cancer attribuables à l’alcool et de 5,6 % le nombre de décès causés par le cancer. Les plus grands gains en matière de santé étaient observés chez les jeunes adultes et les populations à plus faible revenu, ce qui indique la possibilité de réduire les iniquités en santé.

Cette recherche tombe à point nommé, car le 10 mars 2026, le Sénat canadien a entamé sa troisième lecture du Projet de loi S-202, qui propose d’apposer des étiquettes de mise en garde contre le cancer sur les contenants de boissons alcooliques.

Pour mieux comprendre les constats de l’étude, nous avons demandé à Erin Hobin, scientifique principale, Santé des populations à Santé publique Ontario, de nous expliquer pourquoi les mises en garde sont une mesure efficace et les raisons possibles qui poussent les Canadiens à acheter moins d’alcool.

Erin Hobin, Ph. D., scientifique principale

Dr. Erin Hobin, Senior Scientist, PhD

Q : La consommation d’alcool est un important enjeu de santé publique à l’échelle mondiale. Or, bien des Canadiens ignorent encore – ou commencent seulement à comprendre – que l’alcool est un agent cancérogène associé à de multiples types de cancer. Pourquoi les études sur les politiques en matière d’alcool sont-elles importantes?

Les Canadiens s’intéressent aux études sur les politiques en matière d’alcool parce que l’alcool est la substance la plus largement consommée dans le pays et un important facteur des méfaits évitables; l’alcool contribue chaque année à des milliers de décès, d’hospitalisations, de traumatismes et de maladies chroniques. En sachant quelles politiques sont efficaces pour réduire ces méfaits (et celles qui ne le sont pas), les gouvernements, les réseaux de santé et les collectivités peuvent prendre des décisions qui protègent la santé, favorisent l’équité et réduisent les coûts liés aux soins de santé.

Les méfaits liés à l’alcool frappent de façon disproportionnée les personnes au faible statut socioéconomique, même si ces populations consomment un niveau semblable ou inférieur d’alcool par rapport au reste de la population. Il est essentiel de disposer de données solides sur les politiques susceptibles de prévenir et de réduire les méfaits liés à l’alcool au sein de la population et de réduire les iniquités en santé – telles que le prix unitaire minimum et les mises en garde sur les boissons alcooliques – pour orienter les mesures de santé publique. Les études sur les politiques jouent un rôle de premier plan pour cerner les iniquités et fournir des données afin de garantir que les interventions sont efficaces et n’aggravent pas par mégarde les disparités sur le plan de la santé.

Q : Pourquoi l’apposition d’étiquettes de mise en garde contre le cancer et l’imposition d’un prix unitaire minimum sont-elles des mesures efficaces pour réduire la consommation d’alcool et les méfaits pour la santé?

Ces deux mesures sont efficaces parce qu’elles visent deux facteurs complémentaires de la consommation d’alcool : l’information (ce que les gens savent du risque) et l’économie (le prix et l’abordabilité des boissons à forte teneur en alcool).

Les étiquettes de mise en garde contre le cancer sont une forme unique d’intervention fondée sur de l’information. Elles fournissent de l’information sur la santé claire et accessible au moment d’acheter, de verser ou de consommer de l’alcool. Leur utilité première est de renseigner le public. En exposant constamment les consommateurs à cette information, ces étiquettes peuvent leur rappeler au moment opportun qu’ils peuvent faire des choix plus délibérés et éclairés sur la quantité d’alcool à consommer ou non.

La politique du prix unitaire minimum détermine un prix minimal par verre standard, ce qui a pour effet d’augmenter le prix des produits alcoolisés à forte teneur en alcool bon marché – les produits qui sont les plus fortement associés aux méfaits liés à l’alcool. Comme le prix unitaire minimum vise seulement les boissons bon marché à concentration élevée en alcool, il constitue une mesure efficace pour réduire la consommation chez les personnes les plus à risque, y compris les personnes ayant des habitudes de consommation d’alcool excessive et abusive et les ménages à plus faible revenu. Il a été démontré que cette mesure a permis de réduire les ventes d’alcool et a mené à des diminutions mesurables d’hospitalisations et de décès attribuables à l’alcool au Manitoba, en Écosse, en Irlande, au Pays de Galles et dans le Territoire du Nord de l’Australie.

Utilisés ensemble, les mises en garde contre le cancer et le prix unitaire minimum sont efficaces, car ces mesures ont un effet sur les mentalités et sur le marché. Les étiquettes de mise en garde réduisent la demande en sensibilisant les consommateurs et en modifiant les perceptions des risques de l’alcool pour la santé, tandis que le prix unitaire minimum réduit l’offre d’alcool fort à bon marché qui cause des méfaits disproportionnés. Ce jumelage témoigne d’une approche globale de santé publique – renseigner les consommateurs tout en s’attaquant simultanément aux facteurs environnementaux qui influencent la consommation.

Fait important, les données issues de mon étude sur les étiquettes de boissons alcooliques dans les territoires du Nord ainsi que d’autres études internationales indiquent que plus les consommateurs sont renseignés sur le lien entre le cancer et l’alcool, plus le public appuie les politiques sur le prix unitaire minimum. Ceci semble indiquer que les étiquettes de mise en garde ne se contentent pas de réduire directement les risques, mais qu'elles favorisent également un débat public mieux éclairé, ce qui renforce le soutien aux politiques en matière d’alcool.

Étiquettes de mise en garde contre le cancer; étiquette des directives de consommation d'alcool à faible risque; étiquette d’un verre standard (p. ex., verre de vin)

Erin Hobin, Ph. D., scientifique principale

Q : Selon vous, quelles sont les plus grandes idées fausses concernant votre étude sur les mises en garde sur les contenants d’alcool?

Ces étiquettes ne sont pas la panacée, à l’instar des mises en garde contre le tabac, des rappels sur le bouclage de la ceinture de sécurité en voiture et des étiquettes nutritionnelles sur les aliments. À la base, ces étiquettes sont un outil efficace pour communiquer les risques de l’alcool pour la santé à presque tous les consommateurs, leur permettant de prendre des décisions éclairées sur leur consommation.

Q : En mars 2026, Statistique Canada a publié des données indiquant que la consommation d’alcool des Canadiens est à la baisse depuis les quatre dernières années. Pourquoi pensez-vous que les Canadiens achètent et consomment moins d’alcool?

Les personnes ayant l’âge légal pour consommer de l’alcool ont acheté pour l’équivalent de 8 verres standards par semaine en 2024-2025, par rapport à 8,7 verres l’année précédente et à 9,7 verres il y a 10 ans. Plusieurs facteurs probables ont contribué à la baisse de la vente d’alcool par personne, notamment :

  • la sensibilité croissante des Canadiens aux risques de l’alcool pour la santé, y compris le cancer;
  • une plus faible prévalence de la consommation d’alcool chez les plus jeunes;
  • la possible substitution de l’alcool par le cannabis, en particulier chez les jeunes hommes après la pandémie de COVID-19;
  • l’abordabilité et la hausse des prix de l’alcool;
  • l’acceptabilité sociale plus grande de l’abstinence. 

La baisse des ventes d’alcool par personne depuis la pandémie de COVID-19 est un signe positif indiquant à la santé publique qu’elle doit continuer à sensibiliser la population aux risques que pose l’alcool pour la santé et à promouvoir les politiques qui ont fait leurs preuves pour prévenir et minimiser les méfaits liés à l’alcool dans les collectivités.

Pour en savoir plus sur la recherche de Mme Hobin, consultez son profil sur le site de Santé publique Ontario.

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Publié le 9 avr. 2026